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Le sens de la vie

   Si on veut y voir clair sur la question du sens de la vie (est-ce qu'elle en a un? et si oui lequel?), il faut commencer par s'interroger sur le sens du mot sens. Le mot « sens » a trois sens principaux: la direction, la signification et la sensibilité (faculté de sentir et de juger, le « bon sens »).
   La direction est relative à un but. Autrement dit une existence prend sens lorsque ce que l’on fait mène à quelque chose, lorsque le présent mène à l’avenir. Ainsi une vie purement répétitive et mécanique paraît absurde. Tout comme un mode de vie basé sur une consommation en énergie qui génère une pollution qui met en péril l'avenir des générations future est un non-sens.
   Mais, s'il n'y a de direction que si on poursuit un but, on peut se demander si la poursuite d'un but quel qu'il soit  (par exemple: acquérir une maison, se marier, être riche...) suffit à donner du sens à une existence humaine. La plupart des buts après lesquels on court s'évanouissent ou bien semblent s'éloigner au fur et à mesure qu'on s'en approche, nous plongeant ainsi dans la déception ou la quête du « toujours plus ». Un but digne de donner du sens à une vie serait un but assez consistant pour  ne pas disparaître quand on l'atteint.
   En effet, si on identifie sens et direction alors la vraie vie semblera toujours ailleurs, le bonheur toujours pour demain (il n'y a, en effet, de direction que vers l'endroit où l'on n'est pas, pas de sens pour aller là où vous êtes déjà!). C'est ce que fait la pensée religieuse qui ne donne de sens à la vie que par rapport à un au delà, d'où son insistance sur l'espoir.
   Mais, peut-on trouver un sens à la vie dans la vie? La sens n'est pas que dans la direction vers où on va mais dans la façon dont on marche.
   Le sens ce n'est donc pas que la direction c'est la signification. Signifier, c'est d'abord être un signe. Un signe n'a de sens (n'est un signe) que s'il renvoie à d'autres signes (dont il diffère) et à quelque chose (qu'il désigne). Par exemple: un mot est signifiant parce qu'il renvoie à d'autres mots qui le définissent et, accessoirement (car ce n'est pas le cas de tous les mots) à un référant (une chose). Une vie sans parole, une vie qui ne pourrait rendre compte d'elle-même par aucune forme d'expression pourrait-elle avoir un sens? Nos vies ont du sens dans la mesure où nous sommes capables de leur en donner.
   Notons par ailleurs que direction et signification sont liées par un trait commun: le sens suppose une extériorité, une altérité, disons une relation à autre chose que soi. Pour aller en direction de Marseille il faut ne pas être à Marseille et le sens d’un mot n’est pas ce mot, mais ce qu’il signifie. Il y a donc sens dans et par la relation à autre que soi. Cette ouverture au dehors renvoie au dernier sens du mot « sens »: la sensibilité. Pour résumer, on peut dire avec M. Merleau-Ponty «Sous toutes les acceptions du mot “sens”, nous retrouvons la même notion fondamentale d’un être orienté ou polarisé vers ce qu’il n’est pas.» (Phénoménologie de la perception III 2 p.491 – voir aussi A. Comte-Sponville  & L. Ferry La sagesse des modernes p.283) Cela peut nous permettre de penser qu'une existence qui a du sens, c'est une vie sensible, ouverte, en relation; et qu'une existence qui ne renvoie qu'à soi est absurde.
   La question du sens de la vie nous renvoie à celle de notre rapport au temps. Mon présent prend sens par rapport au passé qu'il accomplit (fidélité) et à l'avenir qu'il prépare (projet ou prudence). Mais n'a t-il de sens que par rapport à eux? Non, il doit avoir aussi un sens en lui-même. Ne vivre le présent que comme ce qui me sépare de l'avenir que j'attends, du but que je vise, c'est ne plus vivre, c'est rater le seul temps qui existe et est le nôtre: maintenant. Le sens n'est certes pas dans l'oubli et dans la course en avant de  la consommation effrénée (pas de sens sans fidélité au passé et sans projet), mais il n'est pas non plus dans le ressassement et la préoccupation. Pas de sens sans savoir d'où on vient, mais cela ne suffit pas pour savoir où l'on va. Pas de sens sans savoir où on va, mais il ne suffit pas de regarder l'horizon pour savoir où poser ses pieds. Pas de sens, autrement dit, sans une présence sensible au présent.

                                                                                                                                                J. S.

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