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La révolte

Qu’est-ce que la révolte ? La révolte commence dès lors qu’un individu refuse d’accepter une situation qu’il considère, à tort ou à raison, comme injuste. Ainsi le petit enfant qui refuse d’aller se coucher est-il déjà, en un sens, dans ce qu’on appelle « l’esprit de révolte », puisqu’il proteste contre un ordre établi, qu’il refuse au nom de l’idée qu’il se fait, très confusément sans doute mais aussi très sincèrement, de son intérêt, éprouvant ainsi un sentiment d’injustice.

Les révoltes des adultes ne diffèrent de celles des enfants que par leur intensité, leurs objets et leurs conséquences, mais pas par leur origine, le sentiment d’injustice. C’est pourquoi la révolte n’est pas seulement une désobéissance : elle s’accompagne, sous une forme sous une autre, de revendications, puisqu’elle entend mettre fin au “système” jugé injuste.

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non », dit Albert Camus dans L’homme révolté. Mais Camus ajoute aussitôt que l’homme révolté dit également « oui », au sens où il cherche à mettre en avant et à préserver quelque chose, comme des droits, une dignité, ou plus simplement sa liberté. Or en défendant ce qu’il entend ainsi préserver, le révolté prend parfois le risque de perdre bien plus, jusqu’à sa vie même dans certains cas : il dira par exemple « Plutôt mourir debout que de vivre à genoux », rappelle encore Camus. La vie des grands révoltés que furent Spartacus ou Toussaint Louverture nous le rappelle.

Si toute révolte a pour origine le refus de l’injustice, cela signifie-t-il que toute révolte est légitime ? Probablement pas. Il peut en effet arriver que des personnes se révoltent au nom de leurs intérêts particuliers et contre l’intérêt général, ou du moins sans préoccupation pour l’intérêt général, ce qui n’est sans doute pas sans conséquence sur la légitimité de leur révolte.

Toutefois, si la plupart des innombrables révoltes qui jalonnent l’histoire de l’humanité, sur tous les continents, suscitent presque unanimement la sympathie et l’admiration, voire le désir de s’en inspirer, c’est parce qu’elles nous rappellent que même si les sociétés humaines ont été et sont encore le théâtre de nombreuses injustices, les êtres humains ont la capacité, collectivement et parfois même individuellement, de s’y opposer.

Comment se révolter ? L’histoire montre également que si les sociétés évoluent, la manière dont on se révolte contre elles évolue de même. Contrairement aux sociétés antiques ou médiévales par exemple, les sociétés modernes offrent peu d’occasion de prendre les armes contre elles, non pas tant parce qu’elles seraient moins injustes que parce que les institutions pouvant provoquer un désir de révolte y sont de plus en plus invisibles, voire abstraites : on ne peut pas mettre le feu au capitalisme par exemple. Aussi a-t-on vu apparaître dans les sociétés occidentales des types de révoltes non violentes, notamment dans le cadre de ce qu’on appelle la « désobéissance civile », théorisée par Henry David Thoreau et mise en pratique par Gandhi ou Martin Luther King par exemple, grands révoltés s’il en fut. Aujourd’hui des mouvements comme ceux des « faucheurs volontaires » ou des « désobéisseurs », dans l’éducation ou ailleurs, semblent bien constituer des formes de révoltes non violentes adaptées aux sociétés dites démocratiques.

La révolte doit-elle devenir révolution ? La différence entre les deux est que la révolte vise “seulement” la fin de l’oppression, de la servitude du ou des révoltés. Les révolutionnaires, en revanche, aspirent au remplacement de l’ancien système par un nouveau, le plus souvent en cherchant à en prendre la tête. La question est alors celle de savoir si la révolte peut suffire à mettre fin à l’injustice, ou si au contraire elle doit se transformer en révolution. Il est raisonnable de supposer que si la révolte n’est que la négation d’un ordre ancien, sans fondation d’un ordre nouveau, l’injustice risque fort de revenir. Mais peut-être l’histoire de l’humanité est-elle, d’une certaine manière, l’histoire des révoltes et des révolutions…

M.A.

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