La responsabilité

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La responsabilité

 

La responsabilité est l’obligation de répondre de ses actes, principalement dans les cas où ceux-ci sont condamnables, légalement ou moralement. Répondre de ses actes, c’est en fait en assumer toutes les conséquences. Philosophiquement, c’est surtout s’exposer au jugement d’autrui, voire de soi-même ; ce dernier cas peut être illustré par la mauvaise conscience, qui suppose toujours (ou devrait toujours supposer) la responsabilité de ce qu’on a fait.

On peut toutefois remarquer que la mauvaise conscience, voire la culpabilité, peuvent être ressenties en l’absence de toute responsabilité réelle. Par exemple, certains enfants d’officiers nazis se sentent responsables des actes de leurs pères. Ce sentiment repose sur la notion de responsabilité collective, longtemps affirmée par la religion, dans les dix commandements par exemple : « (…) moi Yahvé, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux qui punis la faute des pères sur les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants pour ceux qui me haïssent. » (Exode, 20, 5). C’est bien d’ailleurs sur cette “logique” que repose le récit du péché originel, puisque tous les descendants d’Adam et Ève sont punis pour la faute de leurs aïeux. L’histoire des idées et des mœurs a toutefois évolué, y compris dans la religion, jusqu’à refuser complètement la notion de responsabilité collective pour s’en tenir à la seule responsabilité individuelle. Les punitions collectives, par exemple, ont presque disparu des écoles. Notons enfin que le racisme s’appuie souvent, consciemment ou non, sur la responsabilité collective (les Juifs, “peuple déicide” par exemple).

Il existe en fait plusieurs types de responsabilité. On peut appeler responsabilité indirecte le fait d’être responsable de quelqu’un (de ses enfants, de ses élèves, de ses subordonnés par exemple). Dire que les parents sont responsables de leurs enfants, c’est dire qu’ils doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour éviter que leurs enfants commettent quelque dommage ou infraction que ce soit. Si cela arrive néanmoins mais que les parents ne peuvent être réellement jugés coupables d’imprudence grave, seule leur responsabilité civile sera retenue (ce qui impose la réparation des torts causés, généralement par le biais d’une assurance), mais non leur responsabilité pénale (ce qui aurait pour conséquence une sanction juridique). On comprend donc qu’une responsabilité indirecte puisse s’accompagner d’une non-culpabilité : on peut être « responsable, mais pas coupable ».

La responsabilité directe renvoie elle à ses propres actes et non à ceux d’autrui. Elle est donc davantage fondée sur le libre arbitre. En effet, dire qu’une personne est responsable de ce qu’elle a fait, c’est dire qu’elle aurait pu s’en abstenir, autrement dit qu’elle était libre de le faire ou pas. Mais une fois admis que la responsabilité suppose le libre arbitre, plusieurs questions se posent : par exemple, à quelles conditions un être humain peut-il être jugé responsable de ses actes ? La loi pose deux conditions principales : l’une liée à l’âge et l’autre à la santé mentale.

D’après le code pénal français, un enfant de moins de treize ne peut en aucun cas être puni pénalement : il est jugé pénalement irresponsable. Entre treize et dix-huit ans, il peut être puni au maximum de la moitié de la peine prévue pour les personnes majeures. Ce deuxième cas de figure est plus intéressant que le premier, car il suppose ce qu’on pourrait appeler une responsabilité partielle ; autrement dit, la loi admet que l’enfant entre treize et dix-huit ans n’est que partiellement libre de ses actes, puisqu’il n’en répond pas complètement. Mais la liberté peut-elle n’être que partielle ? Ne doit-on pas plutôt penser qu’elle est totale ou qu’elle n’est pas ? En tout état de cause, il faut bien avouer que les limites de treize et dix-huit ans sont conventionnelles.

Le deuxième cas, celui du malade mental, conduit au même résultat, car le code pénal estime qu’un trouble psychique peut supprimer complètement ou altérer seulement son « discernement » ou le « contrôle de ses actes ». Dans ce deuxième cas, le malade est punissable, mais doit bénéficier de circonstances atténuantes, ce qui signifie bien qu’il n’est déclaré que partiellement responsable de ses actes. Mais qu’est-ce qu’une responsabilité partielle ?

Si l’on admet donc que l’être humain peut être, selon les cas, complètement responsable (l’adulte sain d’esprit) ou complètement irresponsable (le nouveau-né), quel critère philosophique peut-il permettre de “mesurer” cette responsabilité ?

M.A.

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