L'opinion

Retour à l'accueil  -  Textes et articles  -  Le don  -  Sentences, aphorismes et brèves remarques  -  Lectures  -  Cours et conférences  -  Visages de la pensée  -  Liens et contacts

Retour à la liste des textes
 

L'opinion

   Que les opinions soient nombreuses, cela paraît évident. D’ailleurs si on voulait les dénombrer on pourrait aller jusqu’à dire qu’il y en a autant que d’individus qui composent le monde : chacun a son opinion ! Fiers de cette diversité, signe semble-t-il d’une réelle santé intellectuelle, nous sommes surpris voire agacés lorsqu’au premier contact avec la philosophie on nous assène l’idée que la philosophie est née en se distinguant radicalement de l’opinion. Pure affirmation, comme on dit familièrement, car il est facile d’objecter qu’il n’y a pas la philosophie mais des philosophies apparemment aussi diverses et personnelles que le sont les opinions.

   Pourquoi alors distinguer philosophie et opinion ?

   Si nous ne les distinguons pas clairement, n’est-ce pas parce que nous prenons pour évidente la manière dont les opinions s’opposent et considérons que les philosophies s’opposent de la même façon ?

   Quelles relations entretiennent les opinions entre elles ? Il y a deux, et seulement deux possibilités : soit les opinions sont les mêmes, et au sens fort de l’expression, on s’y reconnaît, soit elles sont opposées et, comme on dit, on n’a pas la même opinion. En d’autres termes, soit elles se confondent, soit elles se juxtaposent. Ainsi on peut comprendre pourquoi on peut dire que nier une opinion n’est rien d’autre que vouloir l’anéantir. Dans l’opinion, l’idée perd toute vie et se trouve réduite à l’état de chose ; c’est une pensée morte : avoir une opinion c’est prétendre avoir raison en pensant qu’une idée peut se suffire à elle-même.

   Mais précisément une idée n’est vraiment elle-même que lorsqu’on la suit. Et suivre une idée c’est être renvoyé aux autres idées, la déployer, c’est dégager ce qu’elle implique c’est-à-dire dans le même temps saisir ce qui est vrai en pointant ce qui est faux, alors et alors seulement c’est là que je peux comprendre c’est-à-dire comprendre que je n’avais pas compris.

A la grande différence de l’opinion qui juxtapose les idées, la véritable pensée ne peut s’accomplir que si on la prend avec soi (com-prendre) pour la déployer dans toutes ses implications et c’est ce lien qui unit toutes les philosophies et qui fait qu’elles peuvent être véritablement réfutées, car pour s’opposer encore faut-il qu’il y ait un terrain commun, ce lien qui n’est rien d’autre que LA philosophie.

Christian Ferron

Retour à la liste des textes
 

Retour à l'accueil  -  Textes et articles  -  Le don  -  Sentences, aphorismes et brèves remarques  -  Lectures  -  Cours et conférences  -  Visages de la pensée  -  Liens et contacts