Enseigner

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Enseigner

 

   Pour qu’il y ait enseignement il faut deux pôles : il y a celui qui enseigne et celui à qui on enseigne, ce qui souvent se trouve être réduit à : il y en a un qui parle, et l’autre ou les autres qui écoute(nt). A partir de là de nombreuses remarques sont faites suivant que celui qui enseigne est bon, charismatique, ou pédant, ennuyeux, et celui à qui on enseigne est réceptif, doué, attentif ou tout au contraire fainéant et sans attention. Et là nous pourrions égrener nos souvenirs... d’école. C’est d’ailleurs souvent, trop souvent, à partir de ce constat et de ces souvenirs que l’on débat de ce que devraient être l’école et l’enseignement.

   Avant de s’engager dans un tel débat peut-être faudrait-il revenir sur ce que c’est qu’enseigner, et pour cela partons de la situation telle qu’elle est indiquée plus haut : il y a celui qui enseigne et celui à qui on enseigne. Mais cette description est incomplète si l’on ne précise pas que celui qui enseigne enseigne quelque chose, et celui à qui on enseigne « reçoit » quelque chose. Il y a donc un troisième terme, le « ce qui est enseigné », le savoir.

   Cette précision apportée nous nous proposons d’examiner comment on peut envisager l’articulation de ces trois pôles.

  - Peut-être la transmission peut-elle se faire par simple contact mutuel où celui qui sait s’épancherait et celui qui ne sait pas recevrait ainsi le savoir ? Mais c’est une bien étrange situation où celui qui sait en viendrait à se vider de son savoir et ainsi le perdrait au profit de l’enseigné. La métaphore des vases communicants bat son plein.

   - Peut-être suffit-il que l’enseignant qui s’est informé, et beaucoup, informe à son tour l’enseigné. Ainsi conçu le savoir devenu objet se transmet comme un bâton relais ou un héritage. Mais alors ce savoir ainsi réduit n’est plus qu’une information parmi de nombreuses autres. Et dans cette perspective l’enseignement n’est rien d’autre que le passage du « je ne savais pas »  au « je sais que ». Mais savoir est-ce bien la même chose que « savoir que » ?

   Sous des formes différentes les situations évoquées ci-dessus présupposent que celui à qui on enseigne soit conçu comme un pur et simple réceptacle, un simple récepteur. L’enseigné est ici caractérisé par la passivité : il ne fait que recevoir.

   Un retour à l’étymologie devrait nous conduire à nous inquiéter. En effet enseigner c’est donner des signes.

   Inquiétude, car l’enseignant peut donner des signes mais il ne peut savoir comment ces derniers seront reçus car la réception ici ne peut se concevoir qu’active. Réception active voilà une expression bien énigmatique. Pour l’éclairer prenons l’exemple de la lecture : pour lire un livre il faut avoir appris à lire mais la capacité d’apprendre à lire ne relève, elle, d’aucune formation, d’aucun apprentissage : le pouvoir de réception est déjà là.

  De ce fait, l’enseigné n’est jamais sans « savoirs », et ces « savoirs » font obstacle à la réception des signes adressés pas l’enseignant. On ne peut donc écouter vraiment qu’en réduisant au silence ces « savoirs », ce qui ne se fera pas sans effort.

   Contrairement aux apparences, c’est l’enseigné qui est au cœur de l’enseignement en ce sens que l’enseignant ne peut être que celui qui éveille un esprit qui a lui-même à devenir.

 

Christian Ferron

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